Pourquoi mettre en place une routine de peinture ?

La routine de peinture c’est comme la routine d’écriture pour les écrivains, journalistes ou blogueurs

Le plus dur en général c’est avant de commencer, lorsque je suis devant ma toile blanche ou tout support vierge avec lequel je m’apprête à tisser un lien  intime si particulier pour une durée plus ou moins prolongée. Je ne sais jamais alors comment avancer et faire le premier pas, tout en résistant à cette folle envie de fuir et de plonger dans toute autre activité ? Aïe je souffre du syndrome de la toile blanche, mais ça me rassure de savoir que je ne suis pas la seule à connaître cet état tyrannique d’impuissance.

En ce moment, je prépare une nouvelle série, mes supports sont prêts, et comme d’habitude, j’ai eu à surmonter le vertige que provoquait la vue de ces carrés blancs et vides. Au début  j’y vais toujours à reculons et progressivement. Je sais que j’ai besoin de ressentir une émotion, une vibration plus forte que mon appréhension pour commencer. Et sortir de mon quotidien banal mais oh combien rassurant, pour commencer les préparations, sujet, esquisses, choix du support, photographie du modèle si nécessaire.J’ai à chaque fois l’impression de ne plus savoir peindre, c’est comme si à chaque coup de pinceau j’allais commettre l’irréparable. Heureusement que la musique reste mon alliée la plus précieuse et m’aide à passer le cap en faisant émerger des envies et des images, ça me met en condition.  Et j’en ai besoin  jusqu’à ce je me sente glisser petit à petit hors de mon quotidien, et que je commence à enfin à m’imprégner de mon sujet. Tout ça je l’avoue, est plutôt laborieux. Mais je commence quand même à me sentir  mieux quand je me lance dans les premiers croquis, et même s’ils ne sont pas toujours réussis, je persévère. L’appétit ne vient-il pas  en mangeant ?

Dans mon quotidien je suis plutôt dissipée, mais dés que j’entre dans le vif de mon sujet, je deviens hyper concentrée, et je sais que je vais avoir du mal à quitter la  bulle que je viens de me créer, et où je me sens bien pour peindre.

La difficulté pour moi est de passer de la gestion matérielle et affective du quotidien à mon travail dans l’atelier où je m’enferme dans mon monde. Il me faut constamment faire des efforts pour passer d’un univers à l’autre, surtout si je m’arrête de peindre plusieurs jours de suite.

Aussi j’ai fini par comprendre ( mieux vaut tard que jamais, n’est ce pas ?) qu’il n’y a que la discipline que l’on s’impose et la régularité dans son travail qui permettent de venir à bout des résistances. C’est pour cela que je m’efforce depuis quelques semaines de mettre en place une routine de peinture pour m’aider à réduire le stress de la toile blanche, et déjà je commence à en ressentir les bienfaits, petit à petit le processus de création me parait plus naturel, ça change carrément tout. Je me sens à ma place, et je ressens la satisfaction du travail accompli.

Comme Klimt et beaucoup d’autres artistes…

Gustav Klimt avait une vie réglée comme du papier musique, et avant de se mettre au travail,  commençait sa journée par des exercices physiques. Il avait beaucoup de mal à quitter sa routine de labeur qui l’absorbait complètement.

photo Gustav Klimt portant un chat 

Grâce à des horaires fixes, on devient plus productif , d’ailleurs beaucoup de grands écrivains et peintres se sont imposés une routine de peinture ou d’écriture, un rythme, des habitudes. Bien sûr, à mon niveau ce n’est pas encore tout à fait comme je le souhaiterais, comme beaucoup d’entre nous je dois composer avec mes contraintes familiales, les commandes de travaux imposés, sans compter les matins où je me laisse encore distraire par le téléphone ou internet,  mais je trouve intéressant de s’inspirer des routines qu’ont mis en place les grands artistes et écrivains de tous les temps pour nous livrer leurs oeuvres.

Finalement la peur de commencer une oeuvre, est comparable à l’angoisse du dimanche soir de ceux  qui travaillent en entreprise, qu’en pensez vous ?

 

Pour être plus créatif et envisager la vie comme une aventure…

… Ou comme une oeuvre d’art. Voici deux caractéristiques que l’on retrouve chez la plupart des artistes, et qui permettent de libérer notre potentiel créatif :

L’ouverture

..au monde qui nous entoure, mais aussi ouverture aux autres, à la diversité des expériences, des sensations, des centres d’intérêts. Géniale, l’ouverture est fondamentale lorsqu’on est dans une démarche créative : Se renouveler, s’ouvrir à des domaines différents, être ouvert à la différence, à l’insolite, aux émotions, aux sensations fortes, aux fantasmes. S’ouvrir à tout ce qui favorise l’imagination.Ressentir, s’imprégner, se confronter à. Bref vivre aussi pleinement que possible, accumuler des souvenirs, des images, des idées.

La pensée divergente

C’est dans un cours de fac sur la mise en oeuvre artistique que j’ai entendu parler pour la première fois de la pensée divergente. Contrairement à la pensée convergente ( capacité à donner une seule réponse, la « bonne » réponse), la pensée divergente  est la capacité à concevoir de multiples réponses pour un sujet donné.

Par exemple : quelle utilisation peut on faire d’une cuillère à soupe (ou de n’importe quel objet du quotidien, cela pourrait être par exemple une pince à linge…) en essayant de trouver le plus de réponses possibles et imaginables en sortant des limites d’une utilisation classique…Je vous invite à faire le test,  cela peut se révéler étonnant !

Avec la pensée divergente on est bien, on se sent léger, car  on est dans l’irrationnel et l’intuitif plutôt que dans le raisonnement logique. Elle permet de favoriser la créativité et se caractérise  par :

La fluidité :

Capacité à multiplier les réponses et les idées pour un sujet donné. On se détache de ce que l’on connait, de ce que l’on a appris et  on tente de produire un maximum de réponses et d’idées différentes. La spontanéité et les associations d’idées sont ici favorisées. Pour cela, il est important de mettre tout jugement critique de côté.

La flexibilité :

L’aventure continue, ici on est en pleine ouverture qui permet de ne pas s’enfermer dans  des clichés, de casser les codes, d’élargir son champs de représentations, sans jugement ni censure. Ici c’est le regard qu’on porte sur les choses qui est différent.

L’originalité :

Trouver des idées nouvelles, innovantes, faire du neuf avec du déjà vu, oser, surprendre, s’autoriser à être décalé pour exprimer sa singularité. On s’amuse de plus en plus !

La mise en oeuvre (élaboration) :

C’est la réalisation,  l’action de produire une oeuvre artistique en établissant des connexions entre les choses. A cette étape on transpire ! On synthétise l’énergie qui vient d’être produite dans les étapes précédentes. Lier toutes ses idées et  ses expériences  pour produire une oeuvre concrète, en utilisant son savoir-faire est la partie qui mobilise une énergie considérable. C’est la dernière étape du processus, celle de la concrétisation, de la création physique.

 

Tout acte créatif implique …une innocence nouvelle de la perception, libérée de la cataracte des idées reçues.

Arthur Koestler (L’acte de création)

Et vous est ce que vous utilisez  la pensée divergente ?

Si  vous avez fait le test de la « cuillère à soupe », combien d’utilisations lui avez vous trouvé ? A faire chaque jour pendant 10 minutes, en changeant d’objet de temps en temps, comme « assouplissement des méninges ».

 

 

 

 

 

 

L’esquisse comme première étape d’une oeuvre

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D’abord il y a le croquis (qui peut être pris sur le vif), puis  l’esquisse qui est un dessin simplifié, inachevé, une étude qui sert de base pour un projet plus abouti (tableau, oeuvre peinte, dessin plus grand). L’esquisse est un peu le brouillon de l’oeuvre et n’est pas destinée à être montrée. C’est bien dommage… Dans les expos, je suis toujours à la recherche de cartons à dessins à explorer qui nous font visiter ces coulisses des oeuvres.

Pourtant, on trouve dans cette étape, toute la richesse du premier jet, c’est la forme de dessin que je trouve la plus vraie, la plus authentique, la plus sincère aussi. Et comme dans tout ce qui est vivant, on trouve parfois dans son trait des aspérités, des irrégularités qui traduisent un rythme, un mouvement. Quand on les « gomme », les traits tendent à se figer, tout dépend aussi du style de l’artiste. Je trouve cette expression spontanée très vivante, à ce stade elle est directement reliée à la perception de l’artiste, et contient déjà toutes les promesses.
Il m’est arrivé d’être déçue par un tableau que j’avais peint, alors que l’esquisse dégageait une force et une promesse que le tableau n’ a pas su tenir, parce que trop travaillé. Il est important de savoir  s’arrêter à temps… Maintenant, de plus en plus, je m’applique à … »ne pas trop m’appliquer » et à rester spontanée.

Et si l’esquisse donne envie d’aller plus loin, d’explorer d’autres supports, d’autres formats, d’autres techniques,  je trouve que l’oeuvre est déjà dans l’esquisse.

Conseil pour ceux qui débutent : Pour acquérir plus de fluidité et de maîtrise dans le geste, qui faciliteront la transposition sur le papier de ce que vous voudrez représenter, l’entraînement est nécessaire, avec un carnet à esquisses que vous remplirez jour après jour, et puis surtout regardez… analysez, mémorisez… Et à force de persévérance, vous pourrez constater l’évolution au fil des pages de votre carnet.

 

Comment favoriser et entretenir l’inspiration pour peindre ?

Mais comment se manifeste l’inspiration, cette imprévisible ?

 

L’inspiration est un état de grâce; si précieuse pour l’artiste, lorsqu’elle se présente c’est comme si toutes les portes s’ouvraient…Etre inspiré c’est un peu comme être amoureux, le monde soudainement prend une autre couleur. Tout ce qui peinait à s’accomplir, s’épanouit alors comme par magie. C’est un état de grâce proche de la passion qui nous donne des ailes et la capacité de nous dépasser, de percevoir différemment et de ressentir plus fort. Notre créativité n’a plus de limite ou presque… Quand elle est là, tout va bien, mais quand elle vient à manquer, plus rien ne va, nous n’avons plus de moteur. L’inspiration va et vient au gré de nos sentiments, de nos émotions, et ne se programme pas. Elle est imprévisible, tout au plus pouvons nous l’entretenir et la favoriser en usant de quelques moyens propres à chacun. Et là pas de recettes toutes faites. Chacun en fonction de sa personnalité trouvera ce qui fonctionne pour lui.

Voici quelques moyens qui m’aident à me mettre en condition et à trouver mon inspiration :

 

1 La musique

Et oui, je n’ai encore rien découvert de plus inspirant que la musique. Ce moyen correspond à ma personnalité plutôt intuitive et émotive et m’aide à rentrer dans le processus de création. Si vous y êtes sensible, la musique peut induire un état émotionnel favorisant l’émergence d’images et  d’idées très stimulantes pour la créativité. En modifiant l’ambiance par le rythme qu’elle nous impose, elle nous emmène et bouscule notre imaginaire.

2 Se mettre en condition

Avec un rituel, toujours le même pendant un certain temps au moins, comme par exemple marcher pendant une demi-heure en méditant, méditer, danser sur un rythme fou, prendre son café dans un petit troquet sympa avec son carnet de croquis, partager ce café éventuellement avec une copine, son mentor, un ami, son chien, faire une demi-heure de sport, mettre un morceau de musique qui nous inspire…Aller vers son travail en accomplissant des actes familiers, qui nous font du bien et nous rassurent, cela peut aider également.

3 La pression de l’engagement

Lorsque je suis liée par un contrat ou une commande de tableau, les choses se mettent en place naturellement, malgré un sentiment d’inconfort  et d’une petite angoisse qui finalement se révèlent stimulants. L’inspiration dans ce cas est toujours présente, car tout mon être se tend vers mon objectif qui est de répondre à cette commande. Je me sens alors capable de soulever des montagnes, et me transforme littéralement. Le fait de travailler dans l’urgence  et sous pression accroît mes capacités et me donne une énergie folle.

4 « Se mettre chaque jour à l’ouvrage »

Peindre, peindre et re-peindre. L’inspiration vient en faisant…pas toujours mais ce n’est pas grave, l’essentiel étant de garder ce rythme quotidien et ne pas décrocher trop longtemps pour qu’il y ait une continuité.

5 Cultiver sa curiosité

Sortir, se changer les idées, rencontrer des gens, parler, échanger, se forcer s’il le faut, aller à des expos, des musées, au ciné, rester ouvert. Ne pas vivre en autarcie avec ses oeuvres, se renouveler. Cela enrichit aussi nos créations.

6 Expérimenter de nouvelles techniques

et ses projets sous formes d’esquisses libres, remplir des carnets à croquis, jusqu’au déclic. Accumuler des documentations, journaux, images, traces, objets inspirants.

7 Trouver sa muse ou son mentor

Et puis…Si rien de tout cela ne fonctionne il vous reste, pourquoi pas, cette alternative...celle de trouver une personne inspirante

 

Vous avez certainement des idées vous aussi, des trucs qui fonctionnent et vous aident à trouver l’inspiration pour ce que vous avez à accomplir, n’hésitez pas à les partager en laissant un commentaire, je suis preneuse de nouvelles idées.

 

 

Pourquoi mon retour à la peinture ?

Décidée à tout changer,  j’ai un jour rangé mes pinceaux, mes supports, ma peinture et tout mon matériel, et à chaque fois que je rencontrais quelqu’un, la question inévitable finissait par fuser : Pourquoi est ce que tu ne peins plus ?…

Pendant 5 ans… Je disais à tout vent que je n’avais plus d’inspiration. En fait, j’avais perdu mes repères…Grand changement, nouvelle vie, remise en question…J’ai cherché à m’adapter. Tout juste quelques croquis encore et quelques travaux sur commande par ci, par là..Et puis le côté sympa quand même, c’est que je me suis mise à cuisiner plus, à être plus présente, et même (moins sympa) à devenir testeuse de jobs nouveaux, alors qu’avant j’animais des ateliers artistiques, mais bon… puisque l’inspiration semblait me bouder, je n’allais pas rester à ne rien faire…J’ai même appris un nouveau métier que je vais continuer à approfondir : praticienne en massages japonais, mais j’y reviendrai. Pour gagner ma vie  ces dernières années, on m’a vue devenir successivement vendeuse, secrétaire, conseillère à domicile et même aide-soignante… J’ai mis toute mon énergie à  chercher à rentrer dans un moule et à y trouver ma place. Vous savez, c’est comme vouloir entrer à tout prix dans cette petite robe dans laquelle  vous vous sentirez toujours déguisée. Mais j’avais envie d’avoir des collègues, d’être salariée pour me consacrer au reste, enfants, quotidien, amis sans me poser de questions, sans avoir à mettre mon travail artistique en avant, avoir les même préoccupations que mon entourage.

En cherchant à m’harmoniser avec mon nouveau mode de vie et à force de vouloir répondre à certaines attentes qui n’étaient pas les miennes, je me suis un peu perdue de vue. Et à force d’avoir envie de rentrer dans un moule qui ne m’allait pas, je me suis niée, et plus je pensais trouver ma place, moins je la trouvais. A la fin, je me suis dit que j’étais un cas désespéré.

Or, nous sommes tous uniques et nous ne pouvons donner le meilleur de nous qu’en étant sur la bonne route, celle qui nous correspond. Voilà pourquoi aujourd’hui je choisis d’assumer mon côté artiste  qui a besoin de vibrer, de ressentir, de jouer avec les couleurs et de partager ses émotions , et aussi de  marcher sur un fil comme un équilibriste. A partir du moment où j’ai accepté cette évidence,  mon inspiration est revenue, et depuis je me sens plus libre. Je vais ainsi reprendre une activité indépendante, même si je sais que ce ne sera pas toujours évident. Mais je veux croire en mes rêves.  Et vous, avez vous aussi un rêve que vous aimeriez réaliser ?

ateliermanujo