Le regard du peintre

« Seul un regard peut créer l’univers » Christian Morgenstern (poète allemand)

 

Tout passe par le regard du peintre,  l’oeil de l’artiste. Ce qu’il voit, ce qu’il rêve, ce qu’il en fait et ensuite comment il le transpose. Il y a la technique et le savoir-faire bien sûr, mais si ce n’est pas la main qui guide le crayon ou le pinceau, c’est bien l’oeil. L’oeil qui se pose, qui voit, l’oeil qui se fait voyeur qui déshabille ou habille, attentif, qui capte, qui transmet. Regard passionné aussi…Et au delà encore, lorsque  vision et  représentation imaginaire des désirs ou fantasmes  de l’artiste fusionnent, la magie opère et devient éblouissante dans l’oeuvre. C’est cette grâce éclatante que l’on ressent lorsqu’on regarde un « Klimt » ou encore un « Van Gogh », ou un plus contemporain « Basquiat »

« On ne voit bien que lorsqu’on est ébloui » André Lhote (peintre 1885-1962)

 

Gala de dos par Dali

 

peinture de Klimt Danaé
Danaé de Gustav Klimt

 

Pourquoi mettre en place une routine de peinture ?

La routine de peinture c’est comme la routine d’écriture pour les écrivains, journalistes ou blogueurs

Le plus dur en général c’est avant de commencer, lorsque je suis devant ma toile blanche ou tout support vierge avec lequel je m’apprête à tisser un lien  intime si particulier pour une durée plus ou moins prolongée. Je ne sais jamais alors comment avancer et faire le premier pas, tout en résistant à cette folle envie de fuir et de plonger dans toute autre activité ? Aïe je souffre du syndrome de la toile blanche, mais ça me rassure de savoir que je ne suis pas la seule à connaître cet état tyrannique d’impuissance.

En ce moment, je prépare une nouvelle série, mes supports sont prêts, et comme d’habitude, j’ai eu à surmonter le vertige que provoquait la vue de ces carrés blancs et vides. Au début  j’y vais toujours à reculons et progressivement. Je sais que j’ai besoin de ressentir une émotion, une vibration plus forte que mon appréhension pour commencer. Et sortir de mon quotidien banal mais oh combien rassurant, pour commencer les préparations, sujet, esquisses, choix du support, photographie du modèle si nécessaire.J’ai à chaque fois l’impression de ne plus savoir peindre, c’est comme si à chaque coup de pinceau j’allais commettre l’irréparable. Heureusement que la musique reste mon alliée la plus précieuse et m’aide à passer le cap en faisant émerger des envies et des images, ça me met en condition.  Et j’en ai besoin  jusqu’à ce je me sente glisser petit à petit hors de mon quotidien, et que je commence à enfin à m’imprégner de mon sujet. Tout ça je l’avoue, est plutôt laborieux. Mais je commence quand même à me sentir  mieux quand je me lance dans les premiers croquis, et même s’ils ne sont pas toujours réussis, je persévère. L’appétit ne vient-il pas  en mangeant ?

Dans mon quotidien je suis plutôt dissipée, mais dés que j’entre dans le vif de mon sujet, je deviens hyper concentrée, et je sais que je vais avoir du mal à quitter la  bulle que je viens de me créer, et où je me sens bien pour peindre.

La difficulté pour moi est de passer de la gestion matérielle et affective du quotidien à mon travail dans l’atelier où je m’enferme dans mon monde. Il me faut constamment faire des efforts pour passer d’un univers à l’autre, surtout si je m’arrête de peindre plusieurs jours de suite.

Aussi j’ai fini par comprendre ( mieux vaut tard que jamais, n’est ce pas ?) qu’il n’y a que la discipline que l’on s’impose et la régularité dans son travail qui permettent de venir à bout des résistances. C’est pour cela que je m’efforce depuis quelques semaines de mettre en place une routine de peinture pour m’aider à réduire le stress de la toile blanche, et déjà je commence à en ressentir les bienfaits, petit à petit le processus de création me parait plus naturel, ça change carrément tout. Je me sens à ma place, et je ressens la satisfaction du travail accompli.

Comme Klimt et beaucoup d’autres artistes…

Gustav Klimt avait une vie réglée comme du papier musique, et avant de se mettre au travail,  commençait sa journée par des exercices physiques. Il avait beaucoup de mal à quitter sa routine de labeur qui l’absorbait complètement.

photo Gustav Klimt portant un chat 

Grâce à des horaires fixes, on devient plus productif , d’ailleurs beaucoup de grands écrivains et peintres se sont imposés une routine de peinture ou d’écriture, un rythme, des habitudes. Bien sûr, à mon niveau ce n’est pas encore tout à fait comme je le souhaiterais, comme beaucoup d’entre nous je dois composer avec mes contraintes familiales, les commandes de travaux imposés, sans compter les matins où je me laisse encore distraire par le téléphone ou internet,  mais je trouve intéressant de s’inspirer des routines qu’ont mis en place les grands artistes et écrivains de tous les temps pour nous livrer leurs oeuvres.

Finalement la peur de commencer une oeuvre, est comparable à l’angoisse du dimanche soir de ceux  qui travaillent en entreprise, qu’en pensez vous ?

 

Pour être plus créatif et envisager la vie comme une aventure…

… Ou comme une oeuvre d’art. Voici deux caractéristiques que l’on retrouve chez la plupart des artistes, et qui permettent de libérer notre potentiel créatif :

L’ouverture

..au monde qui nous entoure, mais aussi ouverture aux autres, à la diversité des expériences, des sensations, des centres d’intérêts. Géniale, l’ouverture est fondamentale lorsqu’on est dans une démarche créative : Se renouveler, s’ouvrir à des domaines différents, être ouvert à la différence, à l’insolite, aux émotions, aux sensations fortes, aux fantasmes. S’ouvrir à tout ce qui favorise l’imagination.Ressentir, s’imprégner, se confronter à. Bref vivre aussi pleinement que possible, accumuler des souvenirs, des images, des idées.

La pensée divergente

C’est dans un cours de fac sur la mise en oeuvre artistique que j’ai entendu parler pour la première fois de la pensée divergente. Contrairement à la pensée convergente ( capacité à donner une seule réponse, la « bonne » réponse), la pensée divergente  est la capacité à concevoir de multiples réponses pour un sujet donné.

Par exemple : quelle utilisation peut on faire d’une cuillère à soupe (ou de n’importe quel objet du quotidien, cela pourrait être par exemple une pince à linge…) en essayant de trouver le plus de réponses possibles et imaginables en sortant des limites d’une utilisation classique…Je vous invite à faire le test,  cela peut se révéler étonnant !

Avec la pensée divergente on est bien, on se sent léger, car  on est dans l’irrationnel et l’intuitif plutôt que dans le raisonnement logique. Elle permet de favoriser la créativité et se caractérise  par :

La fluidité :

Capacité à multiplier les réponses et les idées pour un sujet donné. On se détache de ce que l’on connait, de ce que l’on a appris et  on tente de produire un maximum de réponses et d’idées différentes. La spontanéité et les associations d’idées sont ici favorisées. Pour cela, il est important de mettre tout jugement critique de côté.

La flexibilité :

L’aventure continue, ici on est en pleine ouverture qui permet de ne pas s’enfermer dans  des clichés, de casser les codes, d’élargir son champs de représentations, sans jugement ni censure. Ici c’est le regard qu’on porte sur les choses qui est différent.

L’originalité :

Trouver des idées nouvelles, innovantes, faire du neuf avec du déjà vu, oser, surprendre, s’autoriser à être décalé pour exprimer sa singularité. On s’amuse de plus en plus !

La mise en oeuvre (élaboration) :

C’est la réalisation,  l’action de produire une oeuvre artistique en établissant des connexions entre les choses. A cette étape on transpire ! On synthétise l’énergie qui vient d’être produite dans les étapes précédentes. Lier toutes ses idées et  ses expériences  pour produire une oeuvre concrète, en utilisant son savoir-faire est la partie qui mobilise une énergie considérable. C’est la dernière étape du processus, celle de la concrétisation, de la création physique.

 

Tout acte créatif implique …une innocence nouvelle de la perception, libérée de la cataracte des idées reçues.

Arthur Koestler (L’acte de création)

Et vous est ce que vous utilisez  la pensée divergente ?

Si  vous avez fait le test de la « cuillère à soupe », combien d’utilisations lui avez vous trouvé ? A faire chaque jour pendant 10 minutes, en changeant d’objet de temps en temps, comme « assouplissement des méninges ».